Dimanche 17 février 2013
7
17
/02
/Fév
/2013 14:49
Je l’ai toujours dit, une
bonne guerre, c’est pour Nénette (la Terre) : ça élimine des bilans carbone (et les gens qui vont avec). Alors, certes, au Mali, ce sont des mini-bilans carbone, mais bon, c’est toujours ça
de pris. En plus, là-bas, on fait d’une pierre deux coups en éliminant des islamistes, ces fâchés du rasoir et du cerveau qui croient que le paradis est un distributeur de
pucelles.
D’autant que cette guerre
est légitime : d’abord, on est attaqués « chez nous » - enfin, c’est tout comme : le Mali, le Niger, ce ne sont pas des pays, ce sont juste des frontières bien droites,
tracées à la règle à la fin de notre empire colonial et qui tranchent dans les peuples touareg comme dans du beurre. Là-bas, pour ces gentils enturbannés qu’on aime bien, nous avons développé des
dizaines d’infrastructures, construit des écoles, des hôpitaux, créé des emplois. Du coup, on en profite aussi pour les aider à se débarrasser du pétrole et de l’uranium qui encombrent leur beau
désert : le pétrole, ça sent pas bon, et l’uranium, c’est toxique. En plus, ils n’en ont pas besoin puisqu’ils ne nous ont pas acheté de centrale nucléaire !
L’uranium, tu ne l’ignores
pas, petit scarabée, c’est capital pour la France, car nous sommes une puissance atomique de premier ordre. On en trouve beaucoup en Australie (31% des ressources mondiales), au Kazakhstan (12
%), au Canada (9%) et aussi… au Niger (8%). Sans lui, nos cinquante-huit réacteurs devraient être reconvertis en piscines municipales.
De là à dire que l’Etat
français est entré en guerre pour sécuriser son approvisionnement en uranium, il n’y a qu’un pas, que je me refuse à franchir, nom d’Einstein ! Parce que :
1 – La démocratie, c’est une raison
plus classe que l’uranium (même si on ne l’a jamais trop soutenue dans le coin).
2 – Les islamistes sont
méchants (sauf les Saoudiens et les Qataris, qui sont peut être wahhabites mais, surtout, ultra-friqués).
3 – La Françafrique, promis
juré, c’est fini.
Bref, on n’entendra guère
Hollande, Ayrault, Le Drian, Kouchner, Rocard ou Juppé s’exprimer sur les rapports entre cette guerrounette et l’uranium : ça n’a rien à voir, on vous dit. D’ailleurs, Areva a assigné un
militant anti-nucléaire en justice pour avoir accusé le groupe de « manœuvre de corruption » au Niger. Les petits malins qui salissent les guerres justes et les honnêtes
multinationales, il faut leur claquer le beignet.
Du coup, c’est vraiment pas
de chance si les quatre Français qui sont encore retenus en otages au Mali sont tous salariés des groupes Areva et Vinci – qui officient à Arlit (à environ 200 kilomètres de la frontière
malienne), où sont exploitées deux mines de… devinez quoi ? d’uranium. De même, si le président malien Amadou Toumani Touré a été renversé en mars 2012, cela n’a rien à voir avec sa décision
d’interdire l’exploitation de la prometteuse mine de… oui, oui : d’uranium, à Faléa, dans l’ouest du pays. Faut arrêter de voir des méchants partout, hein ! D’ailleurs, le mieux, c’est
même carrément d’arrêter de regarder. Voilà, vos paupières sont lourdes. Vous dormez déjà. Pensez juste à éteindre la lumière avant.
Article écrit par Bridget
Kyoto,
extrait du mensuel
« Causette »,
numéro#32 – Février
2013.